14 novembre 2009
délicieuse et terrrifiante frustration intellectuelle
L’air grave,
et les yeux un peu humides, je bloque mon regard et pince mes lèvres, comme je
fais à chaque fois que je me concentre. Les feuilles éparpillées sur la table,
les stylos ouverts, le manuel ouvert et le Code, posé là comme une évidence,
imposant. J'occupe à moi seule trois places. Parfois, je me dis : un jour
si Dieu veut, tu auras un métier important et tu pourras enfin te payer ce luxe
un peu bourgeois d'avoir un bureau immense, en bois cher, où seront entreposées
à perte de vue des dossiers à sangle. Pleins de dossiers à sangle. Certains
seront même sur le sol. Le temps s’immobilise, la nuit est tombée. Mon lecteur
MP3 joue « Famous Blue Raincoat » de Léonard Cohen. Le maquillage que
j’avais mis ce matin a du un peu perdre de son éclat à présent. Je porte un
jean bleu clair taille cigarette, et des derbies marrons ; un pull
en laine gris clair un peu large, une veste tailleur noire et une écharpe grise
à carreaux, type burberry. Mon esprit va du manuel aux cours. C’est
toujours la même chose : comprendre une théorie grâce aux faits ;
l’analyser, tenter d’établir des passerelles avec d’autres théories, d’autres
faits. Toujours ce travail de comparaison. Tenter de maitriser le cours, de le
dominer, puis de le dépasser ; osciller entre l’esprit de bachotage et de
recherche. Et évidemment, toujours ce sentiment de passer à côté des
points essentiels ; de ne rien comprendre au Droit. Arrivée à bac+4, là où
tous mes « collègues » prennent la grosse tête, c’est toute la
confiance que j’avais en mon travail qui s’effondre. Une terrible impression de
vide m’envahit : je sais que je ne sais rien.
13 novembre 2009
sur le coup j'étais contente de moi
- ....sinon, y a les concours pour bosser dans la réinsertion carcérale...
- oh...super...tu dois trouver du boulot à des mecs qui vont sortir de taule...le truc foutu d'avance.
- mais attends....c'est pas que ça....tu fais de l'animation, du social, tu leur amènes de la joie de vivre!!
- Bin si c'est ça que t'aimes, fais clown.
03 octobre 2009
A celle qui ne le lira jamais
Dieu sait que dans mon rapport à autrui, j'ai bien des défauts. Je suis autoritaire, impulsive, excessive, impatiente, maladroite, moqueuse, violente dans certains de mes mots, préssée de prendre la parole, incapable de taire la vérité, ma vérité. En amour notamment, j'ai su par le passé être une véritable catastrophe.
Pourtant, j'ai le sentiment de ne pas trop mal me débrouiller en amitié. Peut-être parce que j'ai le sentiment que c'est un endroit où l'on peut se réaliser et dépasser son être, bien plus qu'en amour. Un état où normalement, la vertu devrait triompher, toujours. Parce qu'il n'y a pas d'affect. Parce qu'il n'y a pas de sexe. Il n'y a pas de place pour le vice. L'amitié c'est la loyauté, la camaraderie, la complicité. Le soutien inconditionnel à l'autre. L'amitié c'est une passion raisonnée.
Et loyale, je le suis. Dévouée. Stable et constante. Prête à franchir un océan lorsque l'autre souffre.
Mais la donne change lorsque l'autre souffre à cause de vous. Le rideau se déchire et l'on ne peut plus rien faire.
Tu t'es jetée corps et âme dans cette relation, et tu m'as mise sur un piédéstal. Quand j'ai fini par en tomber (c'était inévitable), tu ne me l'as pas pardonné. Les rôles étaient répartis à merveille : j'étais exclusive et tu étais nuancée. Qui aurait cru que c'était tout l'inverse? Quand tu as trouvé une autre personne avec qui rire, créer et partager, tu es partie. Même si ça n'avait rien à voir. Même si toute personne sensée sépare l'amour et l'amitié.
Tu ne sait pas pardonner, tu ne sais pas partager. Comme je te plains. Je n'ai plus beaucoup de rancoeur à ton égard. Tout s'est transformé en compassion et en pitié. Je suis même prête à te souhaiter une bonne continuation ; tout en laissant mes bras tendus pour le jour où ta nouvelle idole se brisera. Je serais là et je te le promet, je ne dirais pas "je te l'avais dit".
Quant à moi, il ne me reste plus qu'à repartir. Seule comme j'étais venue, flanant, les mains dans les poches, un petit sourire triste se dessinant sur mon visage. Il ne me reste plus qu'à revoir ma conception de la Vérité. Cesser de vouloir la trouver coute que coute, comme s'il s'agissait d'un Idéal. Un peu ivre, hier, je disais : Je crois que la vérité ne vaut même pas la peine qu'on se batte. La vérité, cette machine à créer des désillusions.
01 octobre 2009
ti senti sola con la tua liberta
Dans l’amphi la chaleur est étouffante, nous suons
presque. Je prends sagement le cours de mon écriture penchée, illisible, mes « hiéroglyphes »
comme disent les copines. Tout à coup le prof de criminologie parle d’ « exploitation
intellectuelle et idéologique de l’antiracisme ». Je lève alors des yeux
rêveurs et humides (comparez ça à Samantha, 15 ans, qui regarde Kévin, 17 ans
et demi, jouer sa « réappropriation » de « Hallelujah » de
Jeff Buckley sur sa guitare acoustique) vers sa direction.
Cette histoire de Polanski est ridicule. Dans les années 70 on pensait vraiment que franchir tous les tabous sexuels était le comble du subversif, on allait repousser toutes les limites de tous les genres, et le terme de pédophilie ne signifiait rien. Il fallait parler de sexualité aux enfants avec des termes crus et de façon naturelle, pour faire leur éducation. Faire le procès de ces années là pourquoi pas, dans les radios, les chroniques, les journaux la littérature les essais d’accord, mais pas au Tribunal sur ce pauvre Polanski qui n’a rien demandé à personne. Oh et puis j’en ai marre de tous ces procès, marre qu’on me dise comment me laver les mains à la télé, marre de toute cette actualité aussi grotesque, marre, marre, marre.

Nanni Moretti. Un jour je le deteste, et l'autre jour, je l'adore. Comme récemment j'ai vu ce film, en ce moment, je l'adore.
22 septembre 2009
la vie comme elle vient (ou presque)
Rendons hommage à Camille des Carnets Baroques en lui piquant le système des brèves (rudement pratique quand on est pressé).
- Genevieve, ma meilleure amie, mon âme soeur, ma moitié en ce monde, me laisse tomber peu à peu pour son nouveau chéri, un bellatre aux origines hispanique avec qui j'ai copulé cet été (je me mords encore les doigts de les avoir présentés). Des amies, j'en ai pleins d'autres. Mais Genevieve est unique et je me sens bien seule sans elle.
- Pour me remonter le moral, je m'abaisse honteusement à cette maudite occupation que l'on nomme shopping. Et ce malgré le fait que mon dressing soit déjà bien rempli. Je réalise avec terreur que l'on trouve toujours une raison d'acheter. D'abord, mon slim préferé est tout simplement foutu (nota bene : la prochaine fois se colorer les cheveux en culotte). Problème réglé. Puis, pull loose col en V un peu trop grand style "oups on voit mon épaule mais c'est pas fait exprès" (ben oui, mais 1. c'est un essentiel qui manquait à ma garde robe 2. faut bien un truc pour aller avec mon slim qui, une fois mis hurle "oui j'ai un cul sympa ; mais ne regarde SURTOUT pas les hanches "), avec chale à motif léopard alors que j'en avais déjà un, et pour finir, ballerines parce que quitte à s'acheter un look entier autant y aller à donf. Je sais, c'est mal, mais j'ai bientôt 21 ans et je ne veux pas vieillir, je veux continuer à être ado et à m'affirmer par ma personnalité. Et puis je suis un peu dans une période "je suis moche, personne ne voudra jamais de moi, je ne trouverai jamais personne, je suis foutue, je finirai seule pour le restant de mes jours".
- Si on ajoute à ce genre de dépenses mon diplôme de crimino que je dois me payer moi même, car même mes parents, qui n'y conaissent rien en Droit, ont compris que ça servait à rien et refusent d'y verser un centime, bin je suis dans la merde et autrement dit abonnée au RU jusqu'à la fin de l'année.
- Entretien décroché avec un avocat pour possibilité de stage. Je trémousse d'impatience à l'idée de voir un avocat pour la première fois de ma vie. Je veux un vieux de la vieille, qui parle comme dans les films d'Audiard, renvoie le juge à se 1ère année de fac, et râle contre le droit positif, les femmes au volant et les droits de l'homme.
- Ai découvert Bloy et continue mon exploration de l'oeuvre de Bernanos. A ces lectures, je touche la grâce. Ai découvert le genre du "campus novel", genre nord-américain peignant au vitriol le milieu universitaire. Philip Roth,"La Tâche"; David Lodge "Changement de Décor", achevé hier et à mourir de rire. Bible en ce domaine : Tom Wolfe, "Moi, Charlotte Simmons". Brillant. Si vous en avez d'autres je suis toute ouïe.
Ah, et puis le 1er épisode de HIMYM est sorti aujourd'hui. J'en connais qui vont être contents.
19 septembre 2009
la fac où comment danser sur les ruines
Je n'ai toujours pas le temps de bloguer. Mes journées passent tellement vite que j'ai le sentiment de passer de mon café matinal à mon livre sous la couette.
Les cours ont repris et avec eux son lot de concentration intellectuelle épuisante. Evidemment le fait de me spécialiser et de consacrer, en tout et sur deux semestres, sept matières au droit pénal, me paraît tout simplement dingue. Par moment dans mon esprit comme l'ombre d'un doute me submerge : ai-je choisi la bonne voie? A cause du Diplôme où je me suis inscrite en plus de mon master, j'assiste en parallèle à des cours de 2ème année ; que j'avais étudié alors mais avec un autre enseignant. Suivre en cours magistral une matière juridique dont on a déjà connaissance de la technique et du vocabulaire, des mécanismes est excitant et stimulant comme jamais. J'ai l'impression d'avoir été enfin, après trois ans de bachotage, branchée dans la matrice. Ce que je constate avec tristesse et amertume sur les étudiants de 2ème année, c'est qu'ils sont beaucoup plus réactifs et curieux que nous ne le sommes à présent : exclamations indignées ou amusées, rires, encouragements du prof galérant avec son ordinateur, etc. On sent une vraie volonté d'apprendre et une joie à l'idée de découvrir, que je n'avais pu remarquer sur mes camarades à l'époque.
Le sentiment d'observation méfiante, de mépris silencieux que je peux observer chez mes confrères est très certainement lié à l'approche des séléctions pour le M2 et des concours : c'est la fin de l'insouciance. En plus de ça tout le monde semble blasé. Je sens que le prof pourrait sortir les meilleures vannes du monde qu'ils ne rieraient pas, comme si ces boeufs s'étaient volontairement scotché la bouche. Heureusement que je suis là car en plus d'être bon public, et d'avoir un rire très communicatif, je dispose tout simplement d'un sens de l'humour exceptionnel et hors normes (mais vous le saviez déjà). Et puis je reste la même, avec cette passion que je voue à l'Université, ses petites et grandes histoires, celles qu'on interpelle en disant "tiens Lolotte Banane, toi qui connait tous les potins sur la fac, que sais-tu sur Monsieur/Madame X?". J'ai beau savoir que l'Université est en ruine, que les professeurs qui y avaient investi le plus d'ardeur (à l'instar de mon père) sont en train de perdre la foi ; que nous sommes court-circuité par les écoles privées et les classes prépas ; que nous sommes ridicules à côté du système anglo-saxon. Et pourtant je ne serai jamais autant redevable à ma fac de m'avoir ouvert les yeux sur toute ce "possible intellectuel" qui était là, en moi, qui patientait sagement ; qui m'a aidé à concilier toutes les connaissances qu'en bonne ecclectique, j'avais puisé à droite à gauche pendant toutes ces années. Cette petite bulle de confort riche en émotions fortes qu'on appelle université m'a tant apporté que je redoute le jour où elle ne sera plus dans ma vie.
09 septembre 2009
Je suis toujours indisponible (pas de connexion). On peut rajouter depuis vendredi à mon palmarès (exubérante, grande gigue, coeur d'artichaud, gaffeuse, joyeuse, misanthrope) : licenciée en Droit. Je crois que la personne que je deviens commence à ressembler à quelque chose, evidemment je ne suis pas vraiment sure que ça prenne bonne forme mais bon, je réfléchirai à tout ça plus tard. Je dis ça parce que j'ai la flemme, dommage, ça serait l'heure du bilan.
04 septembre 2009
Mes chéris,
C'est le cul sur un carton que je vous écris (tout est encartonné, sauf le chapelet de ma grand-mère), car demain, je déménage. Je suis donc prête donc pour une nouvelle vie.
Dans ma nouvelle vie, j'habite dans une petite rue perpendiculaire à une rue chaude, et à une rue où il y a pleins de putes.
Dans ma nouvelle vie je suis obligée de me déplacer en vélo (quelle horreur).
Dans ma nouvelle vie je fais les courses au Lidl, et je fais une croix sur le bon steak saignant que ma maman me cuisinait avec amour le dimanche. Moi qui suis une vraie viandarde, ça va me faire drôle.
Dans ma nouvelle vie, j'ai plus mon boulot au marché alors je cherche un autre truc, mais pas trop fatiguant parce que ça va m'abimer les ongles.
Dans ma nouvelle vie, je n'ai pas de télé mais le ouaibe avec pleins d'épisode de Gossip Girl en streaming.
Dans sa nouvelle vie, Ariane connait déjà ses voisins qui sont des "bi" (NB : BI = homo trop narcissique pour se l'avouer) dont un adorable qui lui fait plein de calins, lui sert des cocktails maison et lui coupe la frange (car dans ma nouvelle vie, je suis une putafrange).
DONC : dans sa nouvelle vie, Ariane se pétassifie à donf style Clara Sheller (en moins friquée) et aura besoin de toute la rigueur intellectuelle et politique que vous, lecteurs, pourrez lui apporter. Ne m'abandonnez pas, please. J'ai désespérément besoin de vous.
02 septembre 2009
Mes chansons preferées de Kate
A 20 ans je pensais avoir passé l'âge d'avoir des idôles. Puis j'ai découvert Kate Bush.
Découvrez la playlist best kate bush avec
Ma vie c'est d'la merde et je l'échangerai bien contre celle du Roi du Maroc.
Septembre arrive avec son lot d'emmerdes. Pour ma part, je suis dans un état d'angoisse permanent depuis que mon passage en master est subordonné à une décision de jury qui délibérera vendredi. Évidemment, je ne pourrais avoir leur putain de réponse que lundi. Si on ajoute à ça le fait que je déménage vendredi, que je dois trouver du boulot pour septembre, et que mon plan cul ne répond plus au téléphone depuis trois jours, ma vie est trop top. Et puis merde, quoi, j'ai même pas de commentaires sur mon blog, j'ai un peu l'impression que personne ne m'aime, de toute façons je crois que ma vie est foutue, je pense que je vais abandonner l'espoir de tenter la magistrature ou le barreau pour plonger dans la décadence de l'enfer de la drogue de la jeunesse dorée du sud, et puis écrire un best-seller acidulé et cynique sur mon experience trop rock'n'roll qui montre que la société elle va trop mal et puis je passerai à la télé chez Ruquier où on trouvera que je suis trop désabusée et mature pour mon âge et que c'est révélateur d'une jeune génération et quand Monsieur & Madame Bobin regarderont l'émission tranquillement installé sur leur canapé tout cuir de chez Exopotamie ils diront oh quelle tristesse heureusement que notre fille Harmonie achève sa licence de lettres et qu'elle est une fille éclairée et intelligente, et qu'elle préfère passer ses week end au centre commercial de la banlieue à côté à aider les sans papiers plutôt que dans les bas fonds bourgeois à boire de la drogue et sniffer du whisky. Je vois pas pourquoi je me casserai le cul à trimer mon Droit comme une bourrine pour tenter un concours (l'ENM) que je suis même pas sure d'avoir et qui va me garantir des promotions foireuses et des postes abrutissants où on pourra me contacter H24, le tout avec un salaire à peine reluisant, pis si c'est pour bosser avec des ex étudiantes frigides qui ont planché par coeur toutes leur vies et qui vont me faire chier avec la domination masculine et Bourdieu parce qu'elles se seront pas assez envoyé en l'air pendant leur étude à se retrouver dans des promos avec quasiment que des filles hystériques qui sont des copies plus jeunes d'Isabelle Hupert dans l'Ivresse du Pouvoir, et dire qu'au lycée j'avais de l'ambition, je me voyais déjà en Eva Joly, ou en Jean-Louis Trintignant dans le film de Costa Gavras, à éradiquer la mafia et les homme d'affaires verreux, à dénoncer toutes les corruptions, sans peur des représailles, aujourd'hui je me dis que quitte à rencontrer les corrompus j'aurais mieux fait de choisir l'autre côté de la barrière, ç'aurait été plus fun. Bon en fait à l'origine je voulais juste vous filer ma playlsit de septembre que je vous avais concocté avec amour mais ça sera pour une prochaine.